Lui, au balcon

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17 septembre 2012 par gregoirepolet

1.

Balcon. Elle n’a aucune idée de ce qui se passe dans l’immeuble en face. Façade, balcons, fenêtres. Vie privée, murs opaques, les gens doivent se cacher pour être libres. Les maisons abritent beaucoup plus des regards que de la pluie ou du froid. Dans la maison : des petites maisons. Murs, et parois ; les pièces, les chambres. Séparations. Abris. Puis cet étrange moyen terme, le balcon, chez soi dans la rue et à des mètres d’altitude. C’est le dehors du dedans.

2.

Au balcon de l’immeuble en face, à sa hauteur à elle environ, l’habitant sort, tout juste levé du lit, en pyjama. Sachant qu’il dort en caleçon et torse nu.

Il bâille, s’étire, se penche sur la rue, bâille à nouveau, caresse la touffe de verdure dans une jardinière, puis il fait demi-tour, se cambre, et rentre.

Brève apparition.

Ce fut ainsi dimanche matin. Lundi matin, mardi matin aussi, identiquement. Mercredi, jeudi et vendredi.

3.

Elle ne sort pas sur le balcon de grand matin, mais elle regarde la rue par l’entrouverture des rideaux. Vieille habitude.

Et le dimanche matin, ce type en face, ça l’avait fait sourire. Le lundi et le mardi, elle a souri encore, en se disant que c’était marrant, ils se levaient à la même heure.

Le mercredi, elle est allée aux rideaux avec l’idée de le voir. Deux minutes d’attente. Il paraît. Elle se dit que ce serait marrant d’ouvrir la fenêtre, de se saluer. Mais elle se dit ça sous la douche, sans l’avoir fait.

Jeudi, elle fait signe, mais sans avoir ouvert la fenêtre. Il n’a rien vu. La rue est large, tout de même. Douche.

Vendredi, elle a ouvert les yeux avant que le réveil ne sonne. Elle ne fait pas signe, mais elle a ouvert la fenêtre. Elle regarde la rue, le ciel, gauche, droite, un peu partout, mais pas trop directement vers lui. Puis, douche.

Les idées fixes sont ponctuelles et efficaces. Le réveille-matin fait tout seul la grasse du samedi. Elle est levée.

Son tee-shirt bleu, deux rapides torsades dans les longs cheveux, nuque penchée, tresse de fortune tombant sur l’épaule gauche. Un sourire, un cœur qui bat bêtement. Et pas tant que ça, tout de même. Elle ouvre les rideaux, la fenêtre, elle regarde dans la rue.

4.

— C’est à vous que je dois rendre la clé ?

— Oui, oui. Je la donnerai à Monsieur Martinez. Vous avez fait un bon séjour ?

— Très bien, vous habitez une belle ville. J’étais là pour le boulot, mais j’ai quand même pu voir deux ou trois choses.

— Vous allez à l’aéroport ? Vous attendez un taxi ?

— Mon vol est ce soir. J’ai encore une réunion.

— Vous pouvez laisser vos bagages dans ma loge, si vous voulez.

— Vous êtes gentille, c’est pas lourd.

— Ah oui, c’est pratique ces petites valises-là.

— Très. Au revoir, Madame.

Il sort. Une goutte. Deux gouttes. Pas vrai, il va pleuvoir ? Il lève la tête, le ciel, nuages de gris variés, sans doute des gouttes de pluie, annonciatrices. Tiens, salut, oui, c’est la fille qui était en face. A sa fenêtre.

Elle lui fait signe. Lui aussi.

Il s’en va, en tirant sa petite valise à roulettes.

Jolie.

Curieux, ces deux gouttes, tout à l’heure. Il ne pleut pas.

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