Corde à linge

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25 août 2012 par gregoirepolet

Pourquoi êtes-vous, Tatiana, souriante à présent, les bras ouverts se refermant, repliant le drap blanc double lit qui sent bon le propre et que vous avez décroché de la corde à linge ?

Si peu avant, sept minutes à peine, on vous voyait toute pareille, pliant le linge, le décrochant du fil, et tout sauf souriante. Morne. De près on eût vu cette déformation de votre bouche quand avec le haut de la langue vous frottez chaque dent en tournant sur l’émail. C’est votre manière de bouder.

Bouder, ce que vous faisiez enfant ; mais à vos quarante ans — non, vous vous dites quarante parce que vous n’êtes pas en forme, mais au vrai c’est trente-neuf et vous vous y accrochez — bouder, ce n’est plus bouder. C’est s’affaisser sous les poids de mille petites choses qui s’appellent de mille façons mais qui portent à la fin le seul nom de malheur. Alors pourquoi souriez-vous, Tatiana, et pourquoi même chantonnez-vous, le grand drap blanc replié, net, vous le posez sur le dessus d’une pile impeccable, pourquoi cette victoire sur votre visage renfrogné d’un sourire qui vous fait perdre trente ans ?

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